Kirikou Ou L’histoire D’un Viol Collectif.

«Kirikou n’est pas grand, mais il est vaillant. Kirikou est petit, mais c’est mon ami (…)». Ce sont ces douces paroles écrites par Youssou Ndour qui me rappellent ma tendre enfance. Comme plusieurs, Kirikou fait partie de ces films qui ont su marquer mes années d’innocences. Et, je dois vous dire que même maintenant il fait partie de mes favoris.
Lorsqu’on est petit, il n’y a rien de plus amusant que de regarder un dessin animé. Étant donné que c’est une animation, l’histoire demeure une histoire sans arrière-fond et devient plutôt amusante, à nos yeux. Pendant longtemps, j’ai cru que le film Kirikou racontait simplement les aventures d’un petit garçon bien courageux et innocent qui désirait coute que coute sauver son village de la méchante sorcière Karaba. Et, pendant bien des années, j’ai perçu cette femme, Karaba, comme étant méchante et sans-cœur, jusqu’à aujourd’hui. Karaba, pour ceux qui l’ignore, est une femme ayant une haine profonde envers les hommes et méprise les femmes.
Il y a à peine quelques jours, je suis tombée sur une publication sur Twitter qui m’a ouvert les yeux par rapport à l’histoire de Karaba (ICI). J’ai rapidement compris, que ce film n’est peut-être pas, après tout, un film destiné au cœur d’enfant, mais bien une dénonciation de ce que des millions de femmes vivent en Afrique, mais pas que. La publication était celle d’une mère qui racontait que sa fille avait fait une analyse, dans le cadre scolaire, du comportement de Karaba. Elle démontrait que la conduite de cette femme n’était pas sans raison, mais bien le résultat d’un viol collectif.
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Crédit photo : www.nofi.com
Pour faire court, il y a un moment dans le long-métrage où l’on voit Kirikou rendre visite au vieux sage, qui est son grand-père. Il profite donc de cette occasion pour le questionner sur le comportement de la sorcière. Celui-ci lui révèle que cette femme souffre terriblement, jour et nuit, et sans répit. Cette souffrance provient du jour où un groupe d’hommes l’ont immobilisé pendant qu’un autre lui enfonçait une épine dans la colonne vertébrale. Suite à cet événement, Karaba s’est retrouvé seule et mise de côté par ses semblables et est devenue une «sorcière». Vous l’aurez sûrement deviné, il s’agit d’un scénario de viol collectif : l’épine représentant le sexe de l’homme.
Tout comme 1 femme africaine sur 3, qui a été victime d’une agression sexuelle, Karaba s’est retrouvé à l’écart. Dans plusieurs pays, lorsqu’une femme se fait violer, elle subit un processus de rejet de la part de son entourage. Elle est loin d’être perçue comme la victime, mais bien la coupable et celle qui apporte une «honte» à la famille. Le viol est un réel problème en Afrique, mais également dans les pays occidentaux et Karaba représente tout simplement la douleur de toutes ces femmes. Selon une étude menée par les Nations unies intitulée « The World’s women 2015 : trends and statistics » publiée en avril 2016, le taux de viol est beaucoup plus élevé en Afrique que dans les autres continents. Dans la même étude, il est démontré que le viol commis par des proches de la famille ou l’entourage est beaucoup plus répandue et élevé que lorsqu’il est commis par une personne tierce.
Par ailleurs, d’après l’analyse de la jeune fille, le fait que l’environnement de Karaba soit désert, qu’aucun végétal ne peut y pousser et où les rayons de soleil ne sont pas présents démontre que violer une femme, c’est se maudire soi-même et ternir tout ce qui nous entoure. Vous êtes sûrement d’accord avec moi pour dire que le viol est un acte de faiblesse total, de manque de principes et de respect. La femme est la mère, la grand-mère, la soeur, la tante, la cousine, mais surtout la vie. Violer une femme est loin d’être un geste qui fera de l’homme un homme, mais bien, un lâche. À mes yeux, c’est un crime contre l’humanité.
C’est bien dommage de savoir qu’encore aujourd’hui, dans certaines sociétés, la femme est considérée comme la seule responsable de son viol. Le seul et unique responsable dans cette situation est l’agresseur, car la victime ne cherchait en aucun cas à vivre avec une douleur, un traumatisme et un mal de vivre pour le restant de ces jours. Aucune situation ne devrait pousser un homme à commettre un tel geste, même pas la manière dont une femme s’habille. Plusieurs femmes victimes de viole n’osent pas dénoncer leur(s) agresseur(s), par peur, et choisissent ainsi de vivre avec ce poids dans le silence. Le silence n’est pas toujours la meilleure des solutions, surtout dans un cas pareil, car c’est se soumettre à vivre dans la noirceur. Par ajout, celles qui décident de garder le silence finissent par réellement perdre goût à la vie et décident, bien souvent, d’en finir une fois pour de bon avec celle-ci. Dénoncer et se battre contre ces bourreaux sont les meilleures décisions, même si pour plusieurs, c’est loin d’être facile.
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Crédit photo : www.africanfilmny.org
Kirikou quant à lui est l’incarnation de l’innocence et du courage. Parmi tous les membres du village, il est le seul qui a réellement cherché à vouloir connaître la raison derrière le comportement de Karaba et à l’aider. Et, c’est le même comportement que nous devrions tous reproduire, venir en aide aux victimes de cet acte ignoble.

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